II. LES LOIS DU CHAOS

L'Éveil du Rêve

II. LES LOIS DU CHAOS

Les « lois » du chaos peuvent être portées à la lumière, quoique jamais comprises. Des lois chaotiques ne sont guère signifiantes, et par conséquent elles sont hors de la sphère de la raison. Or elles semblent être un obstacle à la raison et à la vérité. Regardons-les donc calmement, afin de pouvoir regarder au-delà, en comprenant ce qu’elles sont et non ce qu’elles voudraient maintenir. Il est essentiel que soit compris ce à quoi elles servent, parce que c’est leur but de rendre in-signifiant, et d’attaquer la vérité. Voilà les lois qu gouvernent le monde que tu as fait. Et pourtant elles ne gouvernent rien et n’ont pas besoin d’être violées; simplement regardées et dépassées.


La première loi chaotique est que la vérité est différente pour chacun. Comme tous ces principes, celui-là maintient que chacun est séparé et possède un ensemble de pensées différent qui le distingue des autres. Ce principe se développe à partir de la croyance qu’il y a une hiérarchie d’illusions : certaines ont plus de valeur et sont donc vraies. Chacun établit cela pour lui-même et le rend vrai par son attaque contre ce qu’un autre estime. Et cela est justifié parce que les valeurs diffèrent et ceux qui les détiennent semblent être différents et donc ennemis.


Pense donc comme cela semble interférer avec le premier principe des miracles. Car cela établit des degrés de vérité parmi les illusions, laissant paraître que certaines d’entre elles sont plus difficiles à vaincre que d’autres. S’il était compris qu’elles sont toutes les mêmes et pareillement non vraies, il serait facile, alors, de comprendre que les miracles s’appliquent à elles toutes. Les erreurs de toute sorte peuvent être corrigées parce qu‘elles ne sont pas vraies. Lorsque portées à la vérité plutôt que les unes aux autres, elles disparaissent simplement. Aucune partie de rien ne peut être plus résistante à la vérité qu’une autre.


La seconde loi du chaos, chère en effet à chaque adorateur du péché, est que chacun doit pécher, et par conséquent mérite l’attaque et la mort. Ce principe, étroitement relié au premier, est la demande que les erreurs appellent la punition et non la correction. Car la destruction de celui qui fait l’erreur le place au-delà de la correction et au-delà du pardon. Ce qu’il a fait est ainsi interprété comme une sentence irrévocable contre lui-même, que Dieu Lui-même est impuissant à vaincre. Le péché ne peut pas être remis, étant l croyance que le Fils de Dieu peut faire des erreurs pour lesquelles sa propre destruction devient inévitable.


Pense à ce que cela semble faire à la relation entre le Père et le Fils. Maintenant il semble qu’ils ne puissent jamais être Un à nouveau. Car l’Un doit toujours être condamné, et par l’Autre. Maintenant Ils sont différents, et ennemis. Et Leur relation est une relation d’opposition, tout comme les aspects séparés du Fils ne se rencontrent que pour entrer en conflit mais non pour se joindre. L’un devient faible, l’autre fort par sa défaite. Et la peur de Dieu et l’un de l’autre apparaît maintenant comme sensée, rendue réelle par ce que le Fils de Dieu a fait à la fois à lui-même et à son Créateur.


L’arrogance sur laquelle tiennent les lois du chaos ne saurait être plus apparente que telle qu’elle émerge ici. Voilà un principe qui voudrait définir ce que le Créateur de la réalité doit être; ce qu’il doit penser et ce qu’il doit croire; et comment Il doit répondre, le croyant. Il n’apparaît pas même nécessaire de L’interroger sur la vérité de ce qui a été établi pour Sa croyance. Cela, Son Fils peut le Lui dire, et Il n’a que le choix entre le croire sur parole et faire erreur. Cela mène directement à la troisième grotesque croyance qui semble rendre le chaos éternel. Car si Dieu ne peut pas faire erreur, Il doit accepter la croyance de Son Fils en ce qu’il est et le haïr pour cela.


Vois comme la peur de Dieu est renforcée par ce troisième principe. Maintenant il devient impossible de se tourner vers Lui pour demander de l’aide dans la misère. Car maintenant Il est devenu l’« ennemi » Qui l’a causée, à Qui il est inutile de faire appel. Le salut ne peut pas non plus résider au-dedans du Fils, dont chaque aspect semble être en guerre contre Lui, et justifié dans son attaque. Et maintenant le conflit est rendu inévitable, au-delà de l’aide de Dieu. Car maintenant le salut doit rester impossible, parce que le Sauveur est devenu l’ennemi.


Il ne peut y avoir ni délivrance ni évasion. Ainsi l’Expiation devient un mythe et c’est la vengeance, et non le pardon, qui est la Volonté de Dieu. De là où tout cela commence, il n’y a pas d’aide en vue qui puisse réussir. Seule la destruction peut être le résultat. Et Dieu Lui-même semble Se ranger avec elle, pour vaincre Son Fils. Ne pense pas que l’ego te permettra de trouver une évasion de ce qu’il veut. Cela est la fonction de ce cours, qui n’estime pas ce que l’ego chérit.


L’ego n’estime que ce qu’il prend. Ce qui mène à la quatrième loi du chaos, laquelle, si les autres sont acceptées, doit être vraie. Cette loi apparente est la croyance que tu as ce que tu as pris. Par là, la perte d’un autre devient ton gain, et ainsi il n’est pas reconnu que tu ne peux jamais prendre qu’à toi-même. Or toutes les autres lois doivent mener à ceci. Car les ennemis ne donnent pas volontiers les uns aux autres, pas plus qu’ils ne chercheraient à partager les choses qu’ils estiment. Et ce que tes ennemis voudraient garder loin de toi doit valoir la peine d’être possédé, parce qu’ils le gardent caché hors de ta vue.


On voit émerger ici tous les mécanismes de la folie : l’«ennemi» rendu fort en gardant caché le précieux héritage qui devrait être tien; ta position et ton attaque justifiées pour ce qui a été retenu; et la perte inévitable que l’ennemi doit subir pour te sauver toi-même. Ainsi les coupables clament-ils leur «innocence». S’ils n’étaient pas forcés à cette vile attaque par la conduite sans scrupule de l’ennemi, ils ne répondraient qu’avec bonté. Mais dans un monde brutal, les bons ne peuvent survivre; ainsi doivent-ils prendre ou on leur prendra.


Et maintenant il y a une vague question sans réponse, pas encore « expliquée ». Quelle est cette chose précieuse, cette perle inestimable, ce trésor secret et caché qu’il faut arracher dans une juste colère à cet ennemi extrêmement traître et fourbe ? Ce doit être ce que tu veux mais n’as jamais trouvé. Et maintenant tu « comprends » la raison pourquoi tu ne l’as pas trouvé. Car il t’a été pris par cet ennemi et caché là où tu ne penserais pas à regarder. Il l’a caché dans son corps, en en faisant une couverture pour sa culpabilité, une cachette pour ce qui t’appartient. Maintenant son corps doit être détruit et sacrifié pour que tu puisses avoir ce qui t’appartient. Sa trahison exige sa mort, pour que tu puisses vivre. Et tu n’attaques qu’en légitime défense.


Mais qu’est-ce que tu veux qui ait besoin de sa mort? Peux-tu être sûr que ton attaque meurtrière est justifiée à moins de savoir à quoi elle sert? Et voici qu’un dernier principe du chaos vient à la «rescousse». Il tient qu’il y a un substitut à l’amour. Voilà la magie qui guérira toute ta douleur; le facteur manquant dans ta folie qui la rend «saine». Voilà la raison pourquoi tu dois attaquer. Voilà ce qui rend ta vengeance justifiée. Contemple, dévoilé, le don secret de l’ego, arraché du corps de ton frère, caché là par malice et par haine envers celui à qui le don appartient. Il voudrait te priver de l’ingrédient secret qui donnerait une signification à ta vie. Le substitut à l’amour, né de ton inimitié contre ton frère, doit être le salut. Il n’a pas de substitut, et il n’y en a qu’un. Et toutes tes relations ont pour seul but de t’en saisir et de le faire tien.


Jamais ta possession n’est rendue complète. Et jamais ton frère ne cessera son attaque contre toi pour ce que tu as volé. Pas plus que Dieu ne mettra fin à Sa vengeance contre les deux, car dans Sa folie Il doit avoir ce substitut à l’amour et vous tuer tous les deux. Toi qui crois être sain d’esprit, avoir les pieds sur la terre ferme et parcourir un monde où une signification se peut trouver, considère ceci : Voilà les lois sur lesquelles ta «santé d’esprit» semble reposer. Voilà les principes qui font que la terre sous tes pieds semble ferme. Et c’est ici que tu cherches une signification. Voilà les lois que tu as faites pour ton salut. Elles maintiennent en place le substitut au Ciel que tu préfères. C’est leur but; c’est pour cela qu’elles ont été faites. Il ne sert à rien de demander ce qu’elles signifient. Cela est apparent. Les moyens de la folie doivent être insanes. Es-tu aussi certain que tu te rends compte que le but est la folie ?


Nul ne veut la folie, et nul ne s’accroche à sa folie s’il voit que c’est ce qu’elle est. Ce qui protège la folie, c’est la croyance qu’elle est vraie. C’est la fonction de l’insanité de prendre la place de la vérité. Elle doit être vue comme vérité pour être crue. Et si elle est vérité, alors son opposé, qui avant était la vérité, doit maintenant être folie. Un tel renversement, de bout en bout, où la folie est santé d’esprit, les illusions vraies, l’attaque une bonté, la haine l’amour et le meurtre une bénédiction, est le but que servent les lois du chaos. Ce sont les moyens par lesquels les lois de Dieu paraissent être renversées. Ici les lois du péché paraissent tenir l’amour captif, et rendre sa liberté au péché.


Il ne semble pas que ce soient les buts du chaos, car par le grand renversement elles paraissent être les lois de l’ordre. Comment pourrait-il ne pas en être ainsi? Le chaos est absence de lois et n’a pas de lois. Pour être cru, ses lois apparentes doivent être perçues comme vraies. Leur but de folie doit être vu comme la santé d’esprit. Et la peur, avec ses lèvres couleur de cendre et ses yeux qui ne voient pas, aveuglée et terrible à regarder, est soulevée sur le trône de l’amour, sa moribonde conquérante, son substitut, le sauveur qui délivre du salut. Comme les lois de la peur font paraître la mort belle ! Rends grâce au héros sur le trône de l’amour, qui a sauvé le Fils de Dieu pour la peur et la mort !


Et pourtant, comment se peut-il que des lois comme celles-là puissent être crues ? Il y a un étrange mécanisme qui rend cela possible. Et il ne nous est pas inconnu : nous avons vu de nombreuses fois déjà comment il paraît fonctionner. En vérité, il ne fonctionne pas, or en rêve, où seules des ombres jouent les rôles principaux, il semble des plus puissants. Aucune loi du chaos ne pourrait forcer la croyance si ce n’était de l’accent sur la forme et du mépris du contenu. Nul qui pense qu’une de ces lois est vraie ne voit ce qu’elle dit. Certaines formes qu’elle prend semblent avoir une signification, et c’est tout.


Comment certaines formes de meurtre peuvent-elles ne pas signifier la mort? Une attaque sous quelque forme que ce soit peut-elle être l’amour? Quelle forme de condamnation est une bénédiction? Qui rend son sauveur impuissant et trouve le salut? Ne laisse pas la forme de l’attaque contre lui te tromper. Tu ne peux pas chercher à lui nuire et être sauvé. Qui peut trouver un abri contre l’attaque en se retournant contre lui-même? Comment cela peut-il importer, quelle forme prend cette folie? Elle est un jugement qui va à l’encontre de lui-même, condamnant ce qu’elle dit vouloir sauver. Ne sois pas trompé quand la folie prend une forme que tu penses belle. Ce qui est déterminé à te
détruire n’est pas ton ami.


Tu voudrais maintenir, et penser vrai, que tu ne crois pas à ces lois insensées et n’agis pas selon ce qu’elles disent. Et quand tu regardes ce qu’elles disent, elles ne peuvent être crues. Frère, pourtant tu y crois. Car autrement, comment pourrais-tu percevoir la forme qu’elles prennent, avec un tel contenu? Est-ce que n’importe quelle forme de cela peut être défendable ? Or tu y crois pour la forme qu’elles prennent, et tu ne reconnais pas le contenu. Il ne change jamais. Peux-tu peindre des lèvres roses à un squelette, l’habiller en beauté, le cajoler et le dorloter, et le faire vivre ? Et peux-tu te contenter d’une illusion que tu vis ?


Il n’y a pas de vie en dehors du Ciel. Où Dieu a créé la vie, là doit être la vie. En tout état à part du Ciel, la vie est illusion. Au mieux, cela ressemble à la vie; au pire, à la mort. Or les deux sont des jugements sur ce qui n’est pas la vie, égaux par leur inexactitude et leur manque de signification. Une vie qui n’est pas au Ciel est impossible, et ce qui n’est pas au Ciel n’est nulle part. En dehors du Ciel, seul tient le conflit des illusions : insensé, impossible et au-delà de toute raison, et pourtant perçu comme une barrière éternelle devant le Ciel. Les illusions ne sont que des formes. Le contenu n’en est jamais vrai.


Les lois du chaos gouvernent toutes les illusions. Leurs formes sont en conflit, de sorte qu’il paraît tout à fait possible d’en estimer certaines au-dessus des autres. Or chacune repose aussi sûrement que le font les autres sur la croyance que les lois du chaos sont les lois de l’ordre. Chacune soutient ces lois complètement, offrant un témoignage certain que ces lois sont vraies. Les formes de l’attaque qui semblent plus douces ne sont pas moins certaines dans leur témoignage, ni dans leurs résultats. Il est certain que les illusions apporteront la peur à cause des croyances qu’elles impliquent, et non pour leur forme. Et le manque de foi en l’amour, sous n’importe quelle forme, témoigne du chaos comme réalité.


De la croyance dans le péché, la foi dans le chaos doit suivre. C’est parce qu’elle suit qu’elle semble être une conclusion logique; une étape valable dans une pensée ordonnée. Les étapes vers le chaos se suivent en bon ordre depuis leur point de départ. Chacune est une forme différente dans la progression du renversement de la vérité, menant toujours plus profondément dans la terreur et loin de la vérité. Ne pense pas qu’une étape soit plus petite qu’une autre, ni qu’il soit plus facile de revenir de l’une que de l’autre. Toute la descente à partir du Ciel réside en chacune. Et là où commence ta pensée, là elle doit finir.


Frère, ne fais pas un seul pas dans la descente vers l’enfer. Car en ayant fait un, tu ne reconnaîtras pas les autres pour ce qu’ils sont. Et ils suivront. L’attaque sous quelque forme que ce soit a mis ton pied sur l’escalier tortueux qui conduit du Ciel. Or à tout instant il est possible de laisser tout cela être défait. Comment peux-tu savoir si tu as choisi les marches vers le Ciel ou la voie vers l’enfer? Très facilement. Comment te sens-tu? La paix est-elle dans ta conscience ? Sais-tu avec certitude où tu vas ? Et es-tu sûr que le but du Ciel peut être atteint? Sinon, tu marches seul. Demande, donc, à ton Ami de se joindre à toi, et de te donner la certitude sur où tu vas.

Merci!

Namhâ